Les réponses aux questions fréquentes
- La MB et les concepts de l’attachement et de la séparation : un lieu de préparation à la garderie
- La MB et éducation : éducation par surcroît
- La MB et les activités : aller à la rencontre des autres une activité en soi
- La MB et la socialisation précoce : franchir le seuil de sa maison sans se perdre
- La MB et l’observation : ne pas évaluer, mais chercher à comprendre
- La MB et les groupes cibles : accueillir sans discriminer
La MB et les concepts de l’attachement et de la séparation : un lieu de préparation à la garderie
« s’assumer en présence de l’autre sur qui on peut compter » (Winnicott)
Le cadre dans lequel se déroulent les échanges à La Maison buissonnière favorise le renforcement des liens d’attachement permettant ainsi à la séparation d’advenir.
L’enfant naissant n’est pas psychiquement différencié de sa mère. Si, du point de vue d’un observateur externe, il y a alors deux personnes, du point de vue interne de l’enfant, il n’y en a qu’une. Les états émotionnels de sa mère tout comme son odeur, ses bras, sa voix font partie de lui. L’enfant entreprend donc en naissant une double tâche – en se différenciant de son environnement en tant qu’unité psychosomatique distincte, il apprend à différencier sa mère, son père et d’autres proches en tant que personnes distinctes de lui en qui il peut avoir confiance. Ce processus est long, doit être très progressif et suivre les capacités émergantes du bébé. Si, pour quelque raison que ce soit, son environnement est défaillant et n’apporte pas son soutien à l’enfant au bon moment et de bonne façon (par exemple, le nourrir lorsqu’il a assez faim mais pas trop) des perturbations importantes peuvent s'ensuivre.
Winnicott a, entre autres, insisté sur un aspect particulier de ce processus d’individuation du tout petit enfant. Pour qu’il puisse entrer en contact avec le monde en tant que personne – écrit Winnicott – des fondations du moi du tout petit enfant doivent trouver leurs assises dans l’expérience d’être seul en présence de la mère ou de son substitut qui lui offre la présence affective sur laquelle il peut compter. Si cette expérience est insuffisante, le développement de l’enfant se trouve arrêté. C’est cet aspect qui nous intéresse tout particulièrement dans notre travail. Lorsque, au stade où ses tendances à l’intégration et sa capacité à établir des identifications complexes amènent « un état où il est une unité (…) une personne vivant dans un corps (…) plus au moins délimitée par la peau (…) l’enfant devient progressivement capable d’affronter le monde et toutes ses complexités ». (Winnicott, 1963).
Bien que fréquenter La Maison buissonnière peut rendre le parent plus disponible psychologiquement à son enfant à toutes les étapes de son développement (parce qu’il devient moins angoissé, ayant trouvé les personnes avec qui partager et discuter de ses inquiétudes ou problèmes), notre travail se concentre davantage sur cette étape de son évolution où l’enfant doit se préparer à affronter le monde et toutes ses complexités et se passer de la présence effective de ses proches. Cette étape de transition suppose donc que la mère, le père ou la gardienne qui les représente, sont là pour lui quand il a besoin d’eux, mais qu’ils lui permettent de prendre ses risques personnels dans la rencontre avec le monde extérieur.
De son côté, Françoise Dolto nous enseigne que les enfants peuvent assumer, selon leur âge, des séparations de durées variables avec les personnes qu’elle appelle tutélaires. La fréquentation d’une garderie, par les contacts qu’elle offre avec d’autres petits, peut être enrichissante même pour un enfant très jeune, si elle ne constitue pas une rupture dans son sentiment d’être soi-même. Mais l’enfant qui pleure les premiers jours à la garderie souffre et cette souffrance est banalisée et considérée comme incontournable. Nombreux sont les parents qui mentionnent par la suite que leur enfant se comporte très sagement à la garderie et fait un vrai diable à la maison (ou l’inverse) – c’est déjà un signe qu’il y a eu un ratage dans les premiers pas vers la vie en collectivité, une scission dans l’être de l’enfant (ce qui pourrait introduire à la constitution de ce que Winnicott a appelé une personnalité « comme si »).
C’est pourquoi La Maison buissonnière se considère comme un adjuvant utile pour tous les milieux de garde collectifs. Les enfants qui sont préparés pour une telle fréquentation profitent mieux de ce qu’une garderie peut offrir et la garderie rencontre moins de problèmes liés à l’inadaptation de l’enfant au fonctionnement autonome en groupe. En nous inscrivant dans les objectifs du Ministère de la famille d’offrir des programmes intégrés, nous pensons que tous les enfants inscrits sur les listes d’attente de milieux de garde devraient avoir accès à un service où ils peuvent rencontrer d’autres enfants en présence de leurs proches.
La garderie est encore trop souvent considérée uniquement comme une solution pour permettre aux femmes un travail rémunéré ou soulager leur charge de travail et pas assez comme lieu de socialisation pour les enfants.
Winnicott expliquait, dans une de ses conférences, que le sens social implique que l’individu devenu indépendant peut s’identifier aux adultes et à un groupe social ou à la société, sans une perte trop importante de la pulsion et de l’originalité personnelle ni de ses pulsions destructrices et agressives qui s’expriment alors par des voies sublimées .
La MB et éducation : éducation par surcroît
À La Maison buissonnière, nous établissons des règles de fonctionnement qui indiquent aux enfants les limites et cela a en soi des effets éducatifs. Le personnel d’accueil est gardien de ces règles, auxquelles tout le monde est également soumis. Nous sommes prêts à soutenir les parents dans leurs efforts et nous sommes disponibles aux discussions. Pour autant, accueillir les parents ne veut pas dire les changer ou les instruire. Bien sûr que le cadre que nous offrons, notre attitude, nos échanges avec les enfants ont un impact autant sur les mères que sur les pères ou d’autres accompagnateurs, mais il n’est pas question ici de servir de modèles pour modifier leur comportement. Il est question d’offrir aux parents des conditions d’accueil et un soutien qui leur permettent de répondre aux besoins de leurs enfants d’être contenus.
La MB et les activités : aller à la rencontre des autres une activité en soi
Nous considérons qu’aller à la rencontre des autres est une activité en soi. Si on veut connaître un enfant, il faut le laisser suivre ses intérêts et son rythme. Nous considérons aussi, avec Winnicott, que le jeu libre est une thérapie en soi. Laisser les enfants jouer librement implique une attitude positive envers le jeu et cette attitude inclut la reconnaissance du fait que le jeu libre peut devenir inquiétant pour l’enfant puisqu’il lui permet d’exprimer et de symboliser ses représentations internes. C’est pourquoi une personne responsable doit être disponible quand les enfants jouent sans pour autant entrer dans leurs jeux. Dans la situation contraire le jeu de l’enfant perd son caractère créatif. « There is a direct development from transitional phenomena to playing, and from playing to shared playing, and from this to cultural experiences » (Winnicott, 2001).
En d’autres mots, le jeu créatif permet à l’enfant de ne pas décharger la tension causée par des expériences sensorielles ou relationnelles dans une excitation motrice ou un dysfonctionnement corporel.
La MB et la socialisation précoce : franchir le seuil de sa maison sans se perdre
La socialisation précoce consiste en ce processus progressif qui permet à l’enfant de franchir le seuil de sa maison et se trouver en contact avec d’autres, différents de lui, sans se perdre ni perdre ses moyens d’un commerce intelligent avec le monde qui l’entoure. La vie en groupe, les difficultés des relations avec les autres n’effraient pas l’enfant qui peut « exister hors de la présence de la mère » (Winnicott) ; son narcissisme n’est pas mis à mal à chaque déconvenue. Il ne s’agit donc pas de vouloir modifier le fonctionnement des enfants pour qu’il corresponde à une norme.
Dans l’optique qui est celle de La Maison buissonnière, qui emboîte en cela le pas de la Maison verte, il ne s’agit pas d’apprendre à l’enfant comment se comporter avec d’autres, il ne s’agit pas de l’amener à se soumettre passivement aux adultes qui édictent des règles (qu’ils ne respectent pas nécessairement eux-mêmes) parce que les adultes sont plus forts ou pour leur plaire. Il ne s’agit pas non plus de se résigner à la séparation d’avec la famille. Il s’agit d’offrir des conditions qui permettent à l’enfant d’être lui-même avec d’autres, de trouver ses façons personnelles de résoudre des conflits et d’avoir du plaisir à être en communication avec d’autres, sans se confondre avec eux.
La MB et l’observation : ne pas évaluer, mais chercher à comprendre
Nous ne faisons pas d’observation pour évaluer le comportement des parents ou celui des enfants. Par contre, nous sommes attentifs à ce que les enfants manifestent, à leurs interactions, aux signaux qu’ils nous envoient, pour essayer de comprendre ce qui se passe pour eux dans le moment présent et pour leur répondre. Nous invitons les parents à réfléchir avec nous.
Françoise Dolto souhaitait « faire communiquer parents et enfant, bien avant qu’il n’y ait un symptôme fixé » (Dolto, 1987). La Maison buissonnière s’inscrit dans cette perspective de prévention primaire.
Ce dialogue avec l’enfant, qui inclut le parent présent, vise à éviter ou à clarifier les malentendus entre les parents et les enfants. La fonction préventive de ces lieux consiste en ce repérage des signes, qui ne sont pas encore symptômes, signes-appels de la part des enfants.
Néanmoins, notre écoute est similaire lorsque les enfants qui viennent chez nous présentent déjà des symptômes. Dans ce cas, bien que nous ne soyons pas un lieu de soins ni de thérapie, l’attention que nous portons au sens de ce que l’enfant tente de communiquer a souvent des effets thérapeutiques.
La MB et les groupes cibles : accueillir sans discriminer
À La Maison buissonnière, nous accueillons les enfants de toutes les origines, sans stigmatiser de groupes sociaux, de problématiques familiales ou de pathologies. Ce qui réunit les parents et les accueillants est l’intérêt pour l’enfant dans son devenir humain.


